C'est un monument phare de la commune. Elle se trouve en plein coeur du bourg, à proximité de l'église et de la place. Sa forme
rappelle celle de Conches ou de Bernay. Une borne centrale, ornée de végétaux et d'enfants nus, supporte deux vasques superposées qui recueillent l'eau jaillissante du sommet du monument.
L'ensemble paraît en fonte. Au sol, un bassin circulaire réceptionne le trop-plein d'eau. J'avoue que ma description contient une part d'imaginaire car cela fait plusieurs années, à ma
connaissance, que la fontaine ne fonctionne plus. Le bassin et les vasques restent désespérément secs. Les restrictions d'eau et les coûts d'entretien des canalisations ont sûrement eu raison de ce
spectacle aquatique qui ravissait autant les yeux que les oreilles. Fontaine, je ne boirai donc plus de ton eau.
Désormais, il n'y a plus aucun risque
de vous faire mouiller lorsque vous vous approcherez de la fontaine. Vous pourrez donc à loisir observer la plaque posée à la base du monument sur laquelle est écrit : « offerte par Mr
Émile Bourgeois à la commune de la Neuve-Lyre - 1902 ». La fontaine est donc une vieille dame de 106 ans. Son élévation coïncide avec l'un des plus grands événements de l'histoire lyroise
: la création d'un réseau de distribution d'eau. À cette époque, dans les villages, on n'avait pas l'eau en tournant simplement un robinet ; il fallait aller la chercher. Les femmes et les enfants
se ravitaillaient aux puits, recueillaient le contenu des citernes ou puisaient dans la Risle ou la mare. Mais la qualité du précieux liquide restait douteuse. Avec la création d'un réseau de
distribution d'eau, les Lyrois purent s'approvisionner en eau potable à partir de différentes bornes fontaines disposées à travers le bourg. Les travaux d'installation transformèrent la Neuve-Lyre
en chantier. D'abord, en 1900, on édifia un château d'eau, puis on installa des canalisations à travers le village pour amener l'eau jusqu'aux bornes-fontaines. D'une certaine manière, la
Neuve-Lyre entrait dans la civilisation.
La création de
ce réseau d'adduction d'eau était très coûteuse pour la commune. Pour aider à sa réalisation, un particulier nommé Emile Bourgeois proposa de financer les bornes-fontaines ainsi qu'une fontaine
monumentale. La municipalité dirigée par Joseph Loiziel accepta ce don avec plaisir. Émile Bourgeois (dont le nom est rappelé aujourd'hui par une place) était un Lyrois de naissance qui avait
réussi dans le commerce. Précisément, il tenait un magasin de faïence, porcelaine et cristallerie à Paris, rue Drouot. N'imaginez pas un simple boutiquier installé derrière un comptoir
poussiéreux. Fréquenté par la haute société parisienne et étrangère, le magasin d'Émile possédait des pièces luxueuses, certaines décorées par des artistes de renom, d'autres importées
d'Angleterre. Faites un tour sur le site web eBay : régulièrement, parmi les tasses, les assiettes, les plats et les vases proposés aux enchères, figurent des pièces tamponnées au nom du
magasin de notre Lyrois !
Émile Bourgeois finança donc la
fontaine de la Neuve-Lyre. La petite histoire raconte qu'elle aurait été placée dans l'axe de la rue de la gare (actuelle rue Pierre Le Boulch) de manière à ce que son donateur puisse l'apercevoir
quand il arrivait de Paris par le chemin de fer. Si aujourd'hui la fontaine trône toujours à la même place, le chemin de fer, lui, a disparu.
par Laurent Ridel
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Histoire de lieux
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L'histoire d'une commune rurale ne se limite pas à celle de son centre. L'histoire de la Vieille-Lyre ne se limite pas au village massé
autour de l'église saint-Pierre. Étendue sur environ 1600 ha, la commune compte une nébuleuse de hameaux ou de lieux-dits (Trisay, Le Mesnil, le Haut-Bréau, Chalet, la Seigleterie, la Brumanière,
la Bourgeraie...) qu'il serait dommage de ne pas aborder. D'autant plus qu'ils forment aujourd'hui la majorité de la population communale.
Tenez, commençons par une question : quel est le hameau le plus ancien de la Vieille-Lyre ? Il n'est pas facile de
répondre car si les documents existent, ils sont parfois illisibles et qui plus est, en latin. La palme de l'ancienneté semble revenir à Trisay. Un très vieux texte - il remonte aux années 630
après J.-C. au temps du fameux roi Dagobert – ce texte évoque un lieu nommé Tritiacum que des érudits ont traduit en Trisay. Cela reste une hypothèse que je ne saurais
confirmer ou infirmer.
Environ quatre cents ans plus tard, autrement dit au moment de la
fondation de l'abbaye de Lyre, un nouveau hameau est cité dans un texte : Calet. Ce nom s'est ensuite déformé en "Chalet" et aujourd'hui en "le Chalet". Évolution extravagante car
nous ne sommes pas dans les Alpes et il n'y a aucun chalet dans le hameau. Plus sérieusement, je serais tenté de relier ce nom à une légende en rapport avec l'abbaye de Lyre. On raconte qu'un
ermite nommé Robert s'était retiré dans les environs de la Vieille-Lyre. Alors qu'il marchait dans un bois, il entendit une voix qui lui commanda de fonder un monastère. Après hésitation, il se
rendit à la cour du seigneur et convainquit ce dernier de fonder une abbaye à la Vieille-Lyre. Robert devint le premier abbé de Lyre. Or, lorsqu'on sait que Calet ressemble beaucoup au mot
pré-latin cala (abri), il est tentant de proposer cette hypothèse : Calet tire son nom de l'abri où vivait modestement l'ermite Robert.
Au vu des sources historiques disponibles, Trisay et le Chalet seraient donc les plus anciens hameaux de la Vieille-Lyre mais
l'incendie de l'abbaye en 1188 a sûrement détruit beaucoup d'archives qui nous auraient mieux renseignés. À partir du XIIIe siècle, les documents se font moins rares et les noms de nos
hameaux ou lieux-dits apparaissent dans les parchemins. Nous retrouvons par exemple :
-
la Seigleterie dès 1235. À l'origine, elle s'appelait la Secreterie ou Segreterie mais au XIXe siècle, le
nom s'est déformé en Seigleterie, sûrement par rapprochement avec la céréale cultivée dans le secteur, le seigle.
-
La Mare Plate en 1257
-
La Brumanière dès 1280 dont l'origine étymologique est claire puisqu'un texte rapporte qu'une famille Bruman y
habitait.
-
Le Val Drouard en 1292
-
Melbuc en 1298, dont la signification est certainement « bois du Merle ».
-
Le Tertre dès 1316...
Cet inventaire n'est pas exhaustif, ni définitif. Il évoluera au fil de mes recherches car des liasses de parchemins m'attendent
encore aux Archives départementales de l'Eure.
par Laurent Ridel
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Pendant la rédaction de mon livre, j'ai rencontré plusieurs agriculteurs et agricultrices, souvent à la retraite maintenant. Nous avons naturellement parlé de leur façon de travailler autrefois.
Une évidence s'imposait : le métier a beaucoup changé en cinquante ans.
Aujourd'hui, la moisson et le battage des épis de blé se font en même temps grâce à la
moissonneuse-batteuse. Autrefois, ces tâches étaient nettement séparées dans le temps par quelques jours ou plusieurs semaines. D'abord, la faucheuse-lieuse, une machine tirée par des chevaux,
coupaient les gerbes et les liaient en petite botte de cinq ou six kilos. Mais tous n'avait des moyens aussi modernes. Paul Dorchies se souvenait que pendant la guerre, certains ouvriers
travaillaient encore à la faux. Des hommes et des femmes les suivaient pour recueillir les poignées de gerbe et les liaient par des brins de seigle. Il y a quelques mois un ami m'a montré un
objet en fer qu'il avait trouvé dans un champ. Il s'agissait en fait d'une petite enclume, celle que les faucheurs utilisaient pour refaire le tranchant de leur outil. Lors des pauses, ils
plantaient l'enclume dans la terre, s'agenouillaient et donnaient des petits coups de marteaux sur leur lame émoussée.

Scène de battage reconstituée lors de
la fête de la moisson à Gauville en 2006
Les bottes issues de la moisson étaient rassemblées en plusieurs tas appelés « diziaux ».
Pierre Loiseau m'expliqua la disposition précise de ces différentes bottes, certaines étant mises debout, d'autres en travers et les dernières couchées par-dessus l'ensemble.
Le battage intervenait plus tard, parfois deux mois après. C'était un grand moment. Les enfants
s'approchaient du bord du chemin pour voir passer l'impressionnante batteuse qu'on amenait jusqu'au champ. Elle allait être mise à contribution pendant toute la journée. Un chauffeur était chargé
avant l'aube de mettre en route la machine car elle fonctionnait à la vapeur. Les voisins, les ouvriers de la ferme et ceux de l'entreprise de battage venaient apporter leur bras. Au total,
estime André Brisset, il pouvait y avoir vingt-cinq personnes autour de la machine. Sans oublier les femmes qui donnaient à boire à tous ces braves travailleurs. Quel contraste avec l'agriculteur
d'aujourd'hui qui se trouve souvent seul lors des travaux agricoles ! Les bottes étaient hissées, déliées et étalées sur le tapis de la batteuse. La machine avalait les gerbes et opérait la
séparation entre le grain, la paille et la menue-paille. Progressivement, les sacs se remplissaient de grains. Pleins, ils pesaient plus de cent kilos. André Brisset et Pierre Loiseau se
demandent encore comment ils ont pu porter de telles charges dans leur jeunesse. D'autant qu'il fallait monter un escalier (au pire une échelle) et passer l'étroite porte du grenier avant de
pouvoir déposer leur sac.
Tant d'efforts méritaient une juste récompense. Pas moins de cinq repas entrecoupaient la journée.
Thérèse Brisset se souvient des coqs au vin, des pots au feu, des lapins en cocotte qu'elle a dû préparer pour ces dizaines de bouches affamées. Certains repas se prenaient à côté de la batteuse
telle que la « buvette » à 9h ou la « collation » à 16h. Les hommes s'installaient sur des ballots de paille. Au petit-déjeuner, à défaut d'assiette, une grande et épaisse
tranche de pain recueillait le morceau de lard. Dans la ferme du Chalet, chez la mère de Francine Besnard-Bernardac, on soupait dans un bâtiment d'exploitation suffisamment long pour accueillir
la tablée. À table, régnait une certaine hiérarchie : le maître était assis au bout ; les plus jeunes ouvriers agricoles ne pouvaient pas prendre la parole durant le repas sauf si un
« ancien » s'adressait à eux. Le cidre coulait à flot ; la pipe de 600 litres installée dans la cave en prenait un coup. Un café arrosé de goutte concluait le repas. Puis le maître
repliait son couteau et le rangeait dans sa poche. Tout le monde avait compris le signal : c'était l'heure de repartir au travail.
par Laurent Ridel
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XXe siècle
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