Présentation

Bienvenue à tous les Internautes, lyrois ou non. Vous connaissez la Vieille-Lyre et la Neuve-Lyre ? Ce sont deux villages du département de l'Eure, au coeur du Pays d'Ouche. Voici, sous la forme d'un blog, leur histoire. 

L'auteur

Mon nom : Laurent RIDEL

Mon âge : 27 ans

Diplômé en histoire (DEA), j'ai passé toute ma jeunesse à la Vieille-Lyre. Depuis trois ans, je rédige un livre sur l'histoire de cette commune et de sa voisine, La Neuve-Lyre. Ce blog vous donne un aperçu de mes recherches.

 

couverture du livre
(bientôt publié)

Dimanche 15 juillet 2007
Couverture du livreCela fait en effet un an que ce site web est né. Un petit bilan s'impose. Au total 17 articles ont été publiés (en général à chaque début de mois). L'un des objectifs de ce blog était de faire connaître mon travail sur la Vieille-Lyre et la Neuve-Lyre et de partager ma passion pour l'histoire. Il semblerait que cet intérêt soit partagé. Je reste encore surpris par la fréquentation de ce site : environ 500 visites par mois et ça n'arrête pas de grimper. Compte tenu du sujet limité (L'histoire de la Vieille-Lyre et de la Neuve-Lyre), c'est un petit exploit.

Merci pour les quelques commentaires de soutien. La curiosité de certains lecteurs a donné lieu à des échanges de courriels ou à des discussions au téléphone. Parfois, nous nous sommes finalement rencontrés autour d'une table. Je sais ainsi que cette page est lue par des personnes d'Evreux, de Lannion, de Chartres et même d'Angleterre, bref par des Internautes bien éloignés des Deux-Lyre. N'hésitez pas à laisser un commentaire pour ajouter des compléments d'informations, pour dire ce qui vous a plu (ou déplu ?), ou pour proposer des sujets à traiter. Il suffit de cliquer sur le lien bleu « Ajouter un commentaire » en dessous des articles. Si vous voulez m'envoyer un message privé, cliquez alors en bas de la page sur « Contact ».

Et le livre ? J'ai commencé à le rédiger il y a trois ans quasiment jour pour jour, mais il est seulement terminé depuis deux mois environ. Grâce à l'appui du maire de la Vieille-Lyre Michel Dessarthe, l'ouvrage est en cours d'impression. Je vous tiendrai au courant de sa sortie qui, je l'espère, devrait intervenir en septembre ou octobre. Attention, ce blog continuera quand même car le livre ne présente qu'une partie de mes recherches. J'ai encore dans ma valise nombre de sujets à aborder, d'anecdotes à vous raconter et de témoignages à vous faire part. Rendez-vous dans une quinzaine de jours !
par Laurent Ridel publié dans : Divers
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Dimanche 1 juillet 2007
La Vieille-Lyre ne peut pas s'enorgueillir de nombreuses personnalités locales qui sont devenues des célébrités nationales. François Masson fait partie de ces destins rares. Napoléon lui accrocha de ses propres mains la Légion d'Honneur en 1806. Contrairement à ce qu'on pourrait attendre, Masson ne s'est pas illustré sur les champs de bataille. Armé d'un burin au lieu d'une baïonnette, il contribua à l'immortalité de ses contemporains.
François Masson
François Masson, né à la fin de l'année 1745, était le fils d'un ouvrier de la Vieille-Lyre, qui travaillait à la grosse forge de Trisay. Malgré cette origine modeste, il a réussi une carrière étonnante (comme d'ailleurs son frère Louis) puisqu'il est devenu l'un des sculpteurs officiels de Napoléon. De fils de forgeron à artiste de l'Empire, la marche est sacrément haute. Comment expliquer une telle ascension ? D'abord, il fallait nécessairement du talent. François Masson a montré dès l'adolescence des dons pour le dessin. Des dons qu'un moine de l'abbaye de Lyre a sûrement contribué à développer en enseignant au jeune homme. Mais le talent ne suffisait pas pour réussir, il fallait être appuyé par d'influents protecteurs. Le Lyrois a eu ce coup de pouce par le soutien d'une famille de la région, encore bien connue aujourd'hui : les de Broglie. Grâce à eux, il fut introduit dans le grand monde.

Après un séjour de cinq ans à Rome, Masson s'installa à Paris en espérant recevoir des commandes de l'Etat. Quelques années plus tard, la Révolution française éclatait. Le Lyrois exécuta les bustes de quelques députés. Mais l'horizon s'assombrit : en 1792-1794, la guerre, les disettes, le soulèvement de la Vendée monopolisaient les efforts des Révolutionnaires ; ils avaient d'autres préoccupations que le développement des arts. Les artistes comme Masson ne recevaient plus de commandes officielles.

Ce n'est qu'en 1797 que Masson arriva au premier plan. Il était temps : il avait déjà 52 ans. Il fut chargé de la direction de toutes les sculptures dans le Palais et le Jardin des Tuileries. Le bâtiment accueillait un des hauts lieux du pouvoir : le Conseil des Anciens (qui deviendra le Sénat). L'arrivée de Napoléon à la tête du pays en 1799 ne stoppa pas les commandes demandées à François Masson mais bouleversa les sujets à sculpter. Finis les grands hommes symboles de la République (Cicéron, Périclès, Rousseau). Place aux généraux de la Révolution. Bonaparte préférait en effet célébrer les militaires. Rien d'étonnant. Sous l'Empire, Masson faisait partie des principaux sculpteurs officiels. Il réalisa notamment des bustes pour orner le Palais des Tuileries et le jeune Musée du Louvre.

Arrêtons-nous sur le travail d'un grand sculpteur. Quand il recevait une commande officielle, on demandait parfois à Masson un modèle en plâtre. Certainement pour que l'Etat puisse juger l'œuvre future. Si le résultat plaisait, le commanditaire fournissait à l'artiste le bloc de marbre dans lequel serait exécuté la statue finale. Quand il devait faire un portrait, le sculpteur travaillait tel un peintre : il se rendait au domicile du modèle et organisait plusieurs séances de pose avec lui. Mais comme les modèles de Masson étaient souvent des hommes importants que l'empereur affectait aux quatre coins de l'Europe, l'artiste devait patiemment attendre leur retour en France. Un cas particulier se présenta à Masson en 1806. Napoléon le chargea de l'exécution en marbre de la statue du général Caffarelli. Or, cet homme était mort depuis six ans. Dans ces conditions, difficile de faire un portrait ressemblant. Le sculpteur y réussit pourtant, probablement en s'appuyant sur d'anciennes gravures qui représentaient son sujet.

François Masson mourut en 1807, à l'âge de 62 ans. Il laissait dans son atelier quelques statues inachevées. Son ami sculpteur Roland offrit ses services pour les terminer. Le gouvernement proposa à la veuve Masson d'acheter une œuvre de son défunt mari : une statue de Flore, déesse de la végétation. Mais la femme refusa et préféra l'offrir à l'empereur.

Quelques oeuvres de François Masson sont visibles sur le site web de l'agence photographique de la réunion des musées nationaux.

par Laurent Ridel publié dans : Personnages
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Vendredi 8 juin 2007
(Extrait du livre)
Suite de l'article du mois de mai

La vivacité de l’artisanat lyrois trouvait en partie son origine dans l’importance de l’emploi du cheval. A cette époque, l’animal servait tant au transport qu’aux travaux agricoles si bien que la Neuve-Lyre comptait deux bourreliers (PICAULT, CORMEIL), deux charrons (LE BOULCH et DESCHAMPS) et deux maréchaux-ferrants (BLONDEAU et RENAULT). Ces derniers fabriquaient aussi des outils pour les bûcherons. Dans ces années 30, les métiers du cheval commençaient à beaucoup souffrir de la diffusion des voitures et camions. L’époque des moteurs à explosion s’annonçait dans les campagnes. Les transporteurs automobiles VANDEWOORDE et LEGAL redistribuaient notamment les marchandises débarquées à la gare en lieu et place des charrettes. Autre signe, DROUET venaient de s'installer dans la commune pour réparer les autos. Les gens circulaient aussi en vélo d'où la présence de deux marchands de cycles (ALBERT, ÉRHART).

L’artisanat du bâtiment était également bien représenté avec trois entreprises de maçonnerie (BOUVRAY, BEAUFILS, ÉRHARD), 3 menuiseries (COIPEL, BROC, DESCHAMPS), 2 peintres (PICARD, GASTINE), 1 couvreur (HERTORT) et un électricien (ALBERT). N’oublions pas parmi les artisans, le coiffeur, NENDZYNSKI, père d’un futur maire de la Vieille Lyre.

La tradition métallurgique dont l’origine remonte au Moyen Age perdurait à la Neuve-Lyre. Outre les charrons et maréchaux-ferrants vus au-dessus, le bourg avaient deux quincailleries : l’une tenue par la veuve OURY et l’autre par CHRÉTIEN. En tant que ferblantiers, ces deux entreprises devaient vendre aussi des articles ménagers et autres objets en fer blanc (casserole, arrosoir par exemple). Mais ce qui est à souligner, c’est l’existence encore de nos jours de cette quincaillerie CHRÉTIEN. C’est le seul commerce de la commune qui ait conservé son nom jusqu’à aujourd’hui ! (la photo montre une plaque vissée sur une vieille barrière près de la ferme de la Bosselette. On peut lire dessus : Serrurerie-clôture. P. Chrétien. Quincaillerie. La Neuve-Lyre (Eure))

Il y avait enfin sur la commune des établissements plus importants : la laiterie des Prairies de l’Eure (actuelle salle des fêtes), la scierie mécanique des frères BLANCHET et deux distilleries-cidreries (celle du Cygne possédée par PUECH, route de la Gare, près de l’église et celle de BOULAY).

Passant de 60 entreprises à la veille de la Seconde Guerre Mondiale à 24 en 2007, le paysage artisanal et commercial de la commune s’est considérablement restreint. Souvent, il ne reste plus aujourd’hui qu’un seul représentant par type de commerce : un seul épicier, un seul hôtel, un seul maçon, un seul charpentier, une seule quincaillerie, un seul marchand de journaux… Parfois, des métiers ont totalement disparu comme celui de cordonnier, de bourrelier ou de charron. Je me souviens de la fermeture il y a quelques années de la dernière graineterie et du dernier magasin de faïences (droguerie). Le développement d’autres commerce (un fleuriste), artisan (un plombier) ou service (une banque) n’a pas enrayé le déclin. Cette chute était-elle irrémédiable ? La comparaison avec la Vieille Lyre prouverait le contraire : une petite dizaine d’artisans–commerçants en 1939, à peu près autant aujourd’hui.
par Laurent Ridel publié dans : XXe siècle
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Vendredi 4 mai 2007
(Extrait du livre)

À la veille de la seconde guerre mondiale, la Neuve-Lyre, c’était environ 60 commerces et ateliers d’artisans (contre 25 aujourd'hui). Sachant que de nombreux établissements avaient plusieurs aides, commis, employés ou ouvriers, une centaine de personnes devait vivre d’une activité commerciale ou artisanale sur la commune. Pour comparaison, les agriculteurs n’étaient que 4 (hors ouvriers agricoles).

Avec 8 tenanciers (BARADUC, COESNON, LAMANDÉ, DOREL, MOREAU, VÉRET, LETORT, BOUGERIE), le café était le commerce le plus répandu. Leur densité était telle que dans la rue d’Alençon, deux d’entre eux se trouvaient installés l’un à côté de l’autre. Les Lyrois pouvaient faire leurs courses dans une des 4 épiceries (COESNON, JUMEAU, MOREAU, Mlles PLASSE et CHAMPIED). A noter que les épiciers exerçaient souvent plusieurs activités. Ainsi dans le bas de Lyre, MOREAU était également cafetier, mercier et enfin marchand de faïences et cristal. En somme, il exerçait 4 métiers. Un autre commerçant de la Neuve-Lyre se distinguait par sa pluri-activité : Prosper BASTIEN. Il vendait des journaux (il occupait d’ailleurs la maison de la presse actuelle) mais aussi des parapluies, des articles de mercerie, des chapeaux et des chaussures. Plus surprenant, le village comptait 4 cordonniers (GONDOUIN, LEGUET, VALENTIN, MAROLLES) car à cette époque, même usés ou béants, on ne jetait pas les souliers. On les faisait réparer.

La rue Loiziel était avant-guerre une rue commerçante. En témoignent ces vitrines défraîchies.  A gauche, l'ancienne boucherie Lemoine. A droite, l'ancienne épicerie Jumeau

Parmi les autres activités de base, citons 2 boulangeries-pâtisseries (FILLEUL, HAYE), 2 boucheries (LEMOINE, GUÉROULT), 3 marchands de fruits et légumes (ANTONY, MARIE, JUMEAU), 1 pharmacien (COURTOIS). On trouvait aussi à la Neuve-Lyre des métiers plus originaux ou plus rares : 2 blanchisseuses (THOUIN, IMBACH), 1 brocanteur (TURGIS), 1 marchand de bas et chaussettes (SCHECK), 2 grainetiers (LEGAL qui vendait aussi du charbon, LÉCUYER). Mme CARRÉ était la couturière du bourg. Les voyageurs pouvaient s’arrêter à l’Hôtel du Chemin de Fer de M. BARADUC, chez Mme DOREL ou à l’Hôtel du Cheval Blanc.

Si vous vous rappelez d'une de ces personnes, n'hésitez pas à ajouter un commentaire. Bientôt, la suite de l'article avec les noms des artisans.

par Laurent Ridel publié dans : XXe siècle
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Lundi 9 avril 2007
Imaginez une commune plantée de 15 000 pommiers. C'était le cas de la Vieille-Lyre il y a près de 150 ans. Ce nombre impressionne d'autant plus qu'aujourd'hui subsiste peut-être à peine un millier de ces arbres. Combien ont été arrachés suite à une tempête et jamais remplacés ? Combien ont disparu après la conversion de prairies en champs ? Je me souviens d'un grand verger qui s'étalait de l'usine Le Boulch au château de la Bourgeraie, il y a une dizaine d'années. Aujourd'hui, ce sont des terres labourées.

Autrefois, le pommier s'étendait partout : dans les cours de fermes, dans les prairies, dans les allées, dans les haies et même dans les champs. Oui, oui dans les champs. Au milieu des blés ! Cette pratique m'étonne encore mais le regretté Paul Dorchies me l'a confirmé : sur les terres de la Bourgeraie, il devait parfois « slalomer » entre les troncs quand il labourait avec sa charrue à mancherons. C'était il y a 60 ans environ. Bien sûr on devine bien que les Lyrois n'étaient pas intéressés par le fruit en lui-même mais plutôt par le jus qu'on pouvait en tirer. Une enquête agricole du milieu du XIXe siècle constate que la Vieille-Lyre produisait en année normale 4,55 millions de litres à boire. L'importance de la main d'oeuvre agricole et la pénibilité de certaines tâches, du labourage au battage, expliquent ce nombre gigantesque. Le Lyrois avait soif ! Soif de boisson, de cidre et de calvados ! On m'a raconté que certains paysans buvaient jusqu'à 14 litres par jour.

Un entrepreneur passait dans les fermes pour louer sa presse. Rares étaient en effet les paysans qui avaient leur pressoir. En attendant l'arrivée de la presse, les pommes étaient rassemblées en tas. Des vaches venaient y croquer quelques fruits ... un peu trop mûrs. Le fermier s'étonnait ensuite de voir ses  bêtes s'écrouler. Elles étaient ivres ! Au pire, elles ne donnaient plus de lait les jours suivants. Si la pomme pouvait rendre malade, son jus fermenté était aussi connu pour guérir. Un rhume ? Le remède royal s'appelait la flipe : un mélange de cidre et de calva flambé. A la vôtre !



par Laurent Ridel publié dans : Divers
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