Présentation

Bienvenue à tous les Internautes, lyrois ou non. Vous connaissez la Vieille-Lyre et la Neuve-Lyre ? Ce sont deux villages du département de l'Eure, au coeur du Pays d'Ouche. Voici, sous la forme d'un blog, leur histoire. 

L'auteur

Mon nom : Laurent RIDEL

Mon âge : 27 ans

Diplômé en histoire (DEA), j'ai passé toute ma jeunesse à la Vieille-Lyre. Depuis trois ans, je rédige un livre sur l'histoire de cette commune et de sa voisine, La Neuve-Lyre. Ce blog vous donne un aperçu de mes recherches.

 

couverture du livre
(bientôt publié)

Vendredi 8 juin 2007
(Extrait du livre)
Suite de l'article du mois de mai

La vivacité de l’artisanat lyrois trouvait en partie son origine dans l’importance de l’emploi du cheval. A cette époque, l’animal servait tant au transport qu’aux travaux agricoles si bien que la Neuve-Lyre comptait deux bourreliers (PICAULT, CORMEIL), deux charrons (LE BOULCH et DESCHAMPS) et deux maréchaux-ferrants (BLONDEAU et RENAULT). Ces derniers fabriquaient aussi des outils pour les bûcherons. Dans ces années 30, les métiers du cheval commençaient à beaucoup souffrir de la diffusion des voitures et camions. L’époque des moteurs à explosion s’annonçait dans les campagnes. Les transporteurs automobiles VANDEWOORDE et LEGAL redistribuaient notamment les marchandises débarquées à la gare en lieu et place des charrettes. Autre signe, DROUET venaient de s'installer dans la commune pour réparer les autos. Les gens circulaient aussi en vélo d'où la présence de deux marchands de cycles (ALBERT, ÉRHART).

L’artisanat du bâtiment était également bien représenté avec trois entreprises de maçonnerie (BOUVRAY, BEAUFILS, ÉRHARD), 3 menuiseries (COIPEL, BROC, DESCHAMPS), 2 peintres (PICARD, GASTINE), 1 couvreur (HERTORT) et un électricien (ALBERT). N’oublions pas parmi les artisans, le coiffeur, NENDZYNSKI, père d’un futur maire de la Vieille Lyre.

La tradition métallurgique dont l’origine remonte au Moyen Age perdurait à la Neuve-Lyre. Outre les charrons et maréchaux-ferrants vus au-dessus, le bourg avaient deux quincailleries : l’une tenue par la veuve OURY et l’autre par CHRÉTIEN. En tant que ferblantiers, ces deux entreprises devaient vendre aussi des articles ménagers et autres objets en fer blanc (casserole, arrosoir par exemple). Mais ce qui est à souligner, c’est l’existence encore de nos jours de cette quincaillerie CHRÉTIEN. C’est le seul commerce de la commune qui ait conservé son nom jusqu’à aujourd’hui ! (la photo montre une plaque vissée sur une vieille barrière près de la ferme de la Bosselette. On peut lire dessus : Serrurerie-clôture. P. Chrétien. Quincaillerie. La Neuve-Lyre (Eure))

Il y avait enfin sur la commune des établissements plus importants : la laiterie des Prairies de l’Eure (actuelle salle des fêtes), la scierie mécanique des frères BLANCHET et deux distilleries-cidreries (celle du Cygne possédée par PUECH, route de la Gare, près de l’église et celle de BOULAY).

Passant de 60 entreprises à la veille de la Seconde Guerre Mondiale à 24 en 2007, le paysage artisanal et commercial de la commune s’est considérablement restreint. Souvent, il ne reste plus aujourd’hui qu’un seul représentant par type de commerce : un seul épicier, un seul hôtel, un seul maçon, un seul charpentier, une seule quincaillerie, un seul marchand de journaux… Parfois, des métiers ont totalement disparu comme celui de cordonnier, de bourrelier ou de charron. Je me souviens de la fermeture il y a quelques années de la dernière graineterie et du dernier magasin de faïences (droguerie). Le développement d’autres commerce (un fleuriste), artisan (un plombier) ou service (une banque) n’a pas enrayé le déclin. Cette chute était-elle irrémédiable ? La comparaison avec la Vieille Lyre prouverait le contraire : une petite dizaine d’artisans–commerçants en 1939, à peu près autant aujourd’hui.
par Laurent Ridel publié dans : XXe siècle
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Vendredi 4 mai 2007
(Extrait du livre)

À la veille de la seconde guerre mondiale, la Neuve-Lyre, c’était environ 60 commerces et ateliers d’artisans (contre 25 aujourd'hui). Sachant que de nombreux établissements avaient plusieurs aides, commis, employés ou ouvriers, une centaine de personnes devait vivre d’une activité commerciale ou artisanale sur la commune. Pour comparaison, les agriculteurs n’étaient que 4 (hors ouvriers agricoles).

Avec 8 tenanciers (BARADUC, COESNON, LAMANDÉ, DOREL, MOREAU, VÉRET, LETORT, BOUGERIE), le café était le commerce le plus répandu. Leur densité était telle que dans la rue d’Alençon, deux d’entre eux se trouvaient installés l’un à côté de l’autre. Les Lyrois pouvaient faire leurs courses dans une des 4 épiceries (COESNON, JUMEAU, MOREAU, Mlles PLASSE et CHAMPIED). A noter que les épiciers exerçaient souvent plusieurs activités. Ainsi dans le bas de Lyre, MOREAU était également cafetier, mercier et enfin marchand de faïences et cristal. En somme, il exerçait 4 métiers. Un autre commerçant de la Neuve-Lyre se distinguait par sa pluri-activité : Prosper BASTIEN. Il vendait des journaux (il occupait d’ailleurs la maison de la presse actuelle) mais aussi des parapluies, des articles de mercerie, des chapeaux et des chaussures. Plus surprenant, le village comptait 4 cordonniers (GONDOUIN, LEGUET, VALENTIN, MAROLLES) car à cette époque, même usés ou béants, on ne jetait pas les souliers. On les faisait réparer.

La rue Loiziel était avant-guerre une rue commerçante. En témoignent ces vitrines défraîchies.  A gauche, l'ancienne boucherie Lemoine. A droite, l'ancienne épicerie Jumeau

Parmi les autres activités de base, citons 2 boulangeries-pâtisseries (FILLEUL, HAYE), 2 boucheries (LEMOINE, GUÉROULT), 3 marchands de fruits et légumes (ANTONY, MARIE, JUMEAU), 1 pharmacien (COURTOIS). On trouvait aussi à la Neuve-Lyre des métiers plus originaux ou plus rares : 2 blanchisseuses (THOUIN, IMBACH), 1 brocanteur (TURGIS), 1 marchand de bas et chaussettes (SCHECK), 2 grainetiers (LEGAL qui vendait aussi du charbon, LÉCUYER). Mme CARRÉ était la couturière du bourg. Les voyageurs pouvaient s’arrêter à l’Hôtel du Chemin de Fer de M. BARADUC, chez Mme DOREL ou à l’Hôtel du Cheval Blanc.

Si vous vous rappelez d'une de ces personnes, n'hésitez pas à ajouter un commentaire. Bientôt, la suite de l'article avec les noms des artisans.

par Laurent Ridel publié dans : XXe siècle
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Lundi 5 mars 2007
C'est en 1956 que Jeanne Guérin, surnommée Jeannette, reprend l'ancien café-restaurant Dorel à la Neuve-Lyre. L'établissement se trouve rue d'Alençon, face à la place de l'église. Juste à côté, M. et Mme Mariette tiennent le magasin de Nouveautés, autrement dit d'habillement (voir photo ci-contre extraite du film Le Trou Normand en 1952).

La tenue du café demande pour Jeannette de l'organisation car elle fait aussi hôtel et restaurant. La journée commence tôt avec un lever vers 6h30-7h. Il faut en effet préparer les petits-déjeuners et être prête pour accueillir les premiers clients au bar. Rien de tel qu'un petit café pour commencer la journée. Un café-goutte, il va sans dire. Les clients de l'hôtel descendent : ce sont souvent des ouvriers qui ont un chantier dans les environs. Il y aussi quelques représentants en alcool.

La journée est bien remplie. Il faut préparer le repas du midi. Le menu propose au choix un plat en sauce ou une pièce de viande. L'après-midi, aidée de son employée, Jeannette fait les chambres. 

De retour du cinéma (il se trouve plus haut dans la rue d'Alençon), quelques jeunes couples viennent le soir consommer un Vittel-Délice ou un diabolo-menthe. Les divertissements sont rares dans ces années 1950 et beaucoup apprécient passer la soirée à discuter chez Jeannette. Des clients mettent une pièce dans le juke-box. D'autres s'affrontent au baby-foot. A 23h30, la tenancière derrière son comptoir commence à avoir les paupières lourdes ; il faut fermer. Les gendarmes de Lyre font parfois leur tournée pour vérifier que les bars de la Neuve-Lyre ont bien fermé à l'heure dite. 

(ce petit texte a été composé à partir des souvenirs de Jeanne Guérin que j'ai interviewée l'année dernière. Je la remercie)
par Laurent Ridel publié dans : XXe siècle
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Vendredi 11 août 2006


    (Extrait du livre sous réserve de modifications ultérieures)

    La monotonie des premières années de l'occupation laisse place à partir du 6 juin 1944 à une fiévreuse agitation. Les Alliés viennent de débarquer sur les plages de Normandie si bien que la guerre s'est soudainement rapprochée de la Vieille-Lyre. Dès lors, de longs convois allemands traversent régulièrement la commune pour se rendre sur les zones de combats. Quelques-uns uns s'arrêtent à la ferme de la Bourgeraie où habite la famille DORCHIES.  Fréquemment un officier demande la direction de Caen : " où est Kann (sic) ? ". Le père de Paul DORCHIES leur répond pour les effrayer : " Attention, à Caen, beaucoup de bombes " tout en mimant du bras et de la main les projectiles qui tombent.

    La Vieille-Lyre accueille des réfugiés fuyant les régions bombardées. La municipalité met à leur disposition la salle des fêtes. Le 7 août 1944, comme chaque jour, la jeune Francine BERNADAC leur apporte à boire et à manger. Un vrombissement de plus en plus proche se fait entendre : des bombardiers ! Les gens se réfugient dans la salle des fêtes. Soudain, une grosse explosion puis une autre font trembler le bâtiment et éclater les carreaux. On sort pour découvrir les dégâts. A l'extérieur, un nuage de poussière empêche de bien distinguer puis la réalité devient nette : les avions alliés ont lâché leurs bombes sur le bas de la rue st-Pierre et sur les bâtiments près du moulin. On compte trois morts : l'épicier Raoul LANGLOIS, M. FOURNOT et un réfugié qui était avec lui. L'école des garçons est en ruine. La grand-mère de Denise DESSARTHE, Mme GALOPIN, voit sa maison entièrement détruite excepté un côté où justement elle se tenait lors du bombardement. Les Alliés cherchaient-ils à viser le carrefour de la place ?

 

    La Libération semble proche en ce mois d'août. La BBC relate les défaites et le recul inexorable de l'armée allemande. Les avions alliés survolent le village pour aller bombarder des objectifs voisins : le dépôt de munitions cachés dans la forêt près de Sainte-Anne et le camp d'aviation de Nagel. Les occupants font sauter les trois ponts de la Vieille-Lyre : celui de la route de la Barre, celui de Trisay et même celui du Rouge-Moulin. Impatients de fuir la région, les soldats de la Wehrmacht se présentent dans les fermes de la commune pour demander  un cheval ou un vélo. Ils sont tendus et cette tension explique au moins en partie la tragédie qu'a connu la Vieille-Lyre la veille de la Libération. Deux jeunes Lyrois, Jacques BERMENT et Marcel BOUCHER, avaient été requis par l'occupant pour une corvée de transport à cheval jusqu'au bord de la Seine. Arrivés à destination, ils avaient dû laisser leur bêtes de trait aux Allemands et repartir chez eux à pied. Le 23 août, ils sont de retour à la Vieille-Lyre. Sans que l'on sache véritablement la raison, les Allemands les abattent.

 

    Ce même 23 août 1944, Gaston TREHARD découvre dans la cour de sa ferme de la Bosselette des Allemands en train de creuser sous ses pommiers : ils veulent installer des canons car les Alliés sont tout proches, à la Neuve-Lyre. D'autres canons sont mis en place dans une ferme de la Seigleterie. Avant de fuir, les Allemands ont simplement le temps de tirer deux ou trois obus. Le lendemain, le 24, les premiers Anglais pénètrent dans le bourg. N'imaginons pas une Libération avec foule en délire, rassemblée le long de la route, défilé de chars alliés et fanfare. Les quelques jeeps anglaises entrent dans un village où les gens se terrent. Au Mesnil, ils semblent que les Libérateurs soient des Américains. Ils arrivent en char et commandent aux habitants de ne pas sortir de chez eux, craignant quelque soldat allemand embusqué. Ici aussi, la Libération s'effectue dans une atmosphère pesante. Les jours suivants, d'impressionnantes colonnes de jeeps, de camions et de chars alliés roulent sur la route d'Evreux, en direction de Conches. Les 4 années d'occupation sont terminées.

La place Flandres-Dunkerque où se trouvait l'école des garçons en août 1944 (collection Blanchet)

par Laurent Ridel publié dans : XXe siècle
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