Dans quelques jours, sera commémoré le 11 Novembre, date de l'armistice de 1918. C'est donc une occasion de raconter la Grande Guerre. Éloignés de la ligne du front, les deux
villages n'ont pas subi les combats. Pourtant, l'épisode n'en a pas moins marqué les Lyrois à l'époque. Car toute la population a été mobilisée pour la guerre. Pendant quatre ans, l'énergie des
deux villages a été dévolue à la victoire des Poilus.
Le 3 août 1914, l'Allemagne déclare la guerre à la France. A la gare de Lyre, les mobilisés se rassemblent avant de monter dans les trains
qui les emmèneront vers le front. Sur le quai, chacun essaye de rassurer ses parents, sa femme ou ses enfants : il sera de retour d'ici quelques semaines. La guerre sera brève. Du moins, c'est ce
que la plupart croit. Mais à la fin de l'année 1914, alors que l'hiver s'installe, les soldats ne sont toujours pas rentrés dans leur foyer. Ils s'enterrent dans les tranchées. Le commandement
français comprend que le conflit sera une guerre d'usure. La victoire dépendra autant des combats sur le front que de l'effort de guerre, assuré par les populations à
l'arrière.

La sortie de l'usine Baraguey-Fouquet en 1907
Une partie des soldats est donc démobilisée et renvoyée dans les industries du pays pour fournir
l'armée française. A cette époque, la Neuve-Lyre possède une importante usine : les Laminoirs Baraguay-Fouquet. Située à Chagny (sur le site actuel de Paprec Plastique), elle
produit habituellement des produits variés en cuivre. La guerre oriente la production vers la fabrication de cartouches de fusil ou de douilles de 75. Chaque mois, environ 300 tonnes de métal
sortent de l'usine. L'activité est telle qu'on y fabrique jour et nuit et qu'on ne cesse d'embaucher. En août 1916, 240 ouvriers (dont 30 femmes) y travaillent.
L'activité bat aussi son plein dans une autre usine de la Neuve-Lyre. Les frères Charles et Marcel Blanchet viennent de reprendre la fabrique
de meubles installée dans le bas de Lyre. Ils en font une scierie qui produit entre autres des caisses pour l'armée.
Les bras manquent tellement que les patrons font appel à des ouvriers étrangers. Des Russes sont accueillis à l'usine
Blanchet, des Espagnols chargent des wagons à la gare de Lyre, des Anglais et des Canadiens coupent du bois dans les parcs des châteaux voisins ; en juin 1917, des Algériens arrivent à la
Neuve-Lyre pour travailler à Chagny. Des problèmes apparaissent pour loger ces différentes populations. On édifie en conséquence des « villages » provisoires dans les prairies. Les Lyrois
apprennent à connaître ces étrangers. Des conversations s'amorcent entre Anglo-Canadiens et Français. Le curé de la Neuve-Lyre s'intéresse aux Algériens et s'étonne avec quel respect ils suivent le
Ramadan. Il déplore que ses ouailles ne témoignent pas de la même rigueur lors du Carême !
(à suivre)
par Laurent Ridel
publié dans :
XXe siècle
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Dimanche 2 septembre 2007
Il
est sept du soir, ce mardi 12 octobre de l'an 1740. Le boulanger de la Vieille-Lyre, Chénot, rentre chez lui. La nuit commence à tomber. L'homme espère trouver un peu de chaleur
auprès de la cheminée mais quand il entre dans sa maison, il est surpris par la froideur qui y règne. Sa femme a-t-elle oublié de faire du feu ? Il s'approche du foyer dont les braises sont
éteintes. Soudain, il ouvre la bouche de stupeur : au pied de la cheminée, le corps de sa femme est allongé dans une mare de sang. Un meurtre à la Vieille-Lyre !
La nouvelle fait rapidement le tour du bourg. Dans la soirée, les habitants se succèdent dans la
maison du boulanger pour voir le corps. Quelques-uns touchent les mains de la victime : elles sont froides. Le meurtre remonte peut-être à ce matin. Des témoins assurent avoir vu vers 8h30 la
femme assister à la messe de la Neuve-Lyre. En rentrant chez elle, elle a dû surprendre un voleur. En effet, Chénot a remarqué que quelqu'un avait fouillé dans son coffre en bois
et dérobé des louis d'or et des bagues. Riche de son butin, le voleur a tué la femme pour protéger sa fuite.
François Philippe Morin, le lieutenant général au criminel du bailliage de Breteuil, est chargé de
l'instruction. Il reçoit le rapport des chirurgiens (bien sûr, il n'y avait pas à cette époque de médecins-légistes). La victime, Marie Herquier, est morte de trois coups de
couteau : un porté à la gorge et deux à l'abdomen. Mais ce sont les témoignages qui font rapidement avancer l'enquête. Plusieurs témoins mettent en avant l'attitude très
étrange d'un certain Jacques Genty. Marchand mercier âgé de 45 ans, il est le voisin de Marie Herquier. Des femmes l'ont vu rôder autour de la maison du boulanger le jour du meurtre. Surtout,
affirme Pierre Loiseau, un autre témoin, quand il est venu voir le corps le soir, Genty avait « le visage effacé, les yeux égarés et les dents lui claquant dans la bouche »
(!). Il confesse à un Lyrois qu'il connaît le meurtrier mais qu'il ne peut pas le dire. Il raconte enfin à un autre habitant qu'un espion est venu le voir pour s'informer sur le meurtre. Confondu
par ce comportement si particulier, Jacques Genty est arrêté le 15 octobre et jeté dans la prison de Breteuil.
Interrogé par le lieutenant général, l'accusé nie pourtant être le meurtrier. Pendant un an et demi, il est gardé prisonnier mais il ne
change pas d'attitude.
Lors du dernier interrogatoire, on lui apporte un siège en bois, une sellette, et on lui demande de s'asseoir dessus
(l'expression « mettre quelqu'un sur la sellette » vient de cette pratique). L'interrogatoire est centré sur la seule pièce à conviction de l'enquête : une chemise retrouvée au domicile
de l'accusé. Mais pas n'importe quelle chemise : on distingue dessus quelques tâches rouges. Du sang ! Genty répond que ce sont juste des tâches de cerise ou de mûre. Sa femme, arrêtée aussi,
essaie de trouver une meilleure défense pour son mari : elle confirme que c'est bien du sang mais il provient d'une mauvaise saignée faite par le chirurgien de la Vieille-Lyre. Vous savez
probablement qu'autrefois on ouvrait les veines d'un malade car on croyait ainsi évacuer de son corps le mauvais sang. Étrange pratique mais qui pouvait justifier les traces sur la chemise.
Malheureusement, le chirurgien lyrois avoue n'avoir jamais fait de saignée à Jacques Genty.
Le 20 mars de l'an 1742, la sanction tombe : Jacques Genty est condamné à faire amende honorable de son crime devant l'église de Breteuil
une torche à la main et la corde au cou. Il sera ensuite emmené sur la place publique où il sera pendu.
Jacques Genty était-il coupable ? Les témoignages sont sérieusement contre lui mais j'ai remarqué que les habitants ne le portaient pas
dans leur coeur. Certains témoins n'étaient pas mécontents de l'enfoncer. On lui mit sur le dos une attaque à main armée dans la forêt de Conches alors qu'il n'y avait pas de preuves. Le seul
témoin, la victime, avoua ne pas reconnaître son agresseur car celui-ci portait au moment de l'attaque un mouchoir qui lui cachait la moitié du visage.
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