Samedi 2 février 2008
Je ne vais pas parler du beau château de la Chapelle, installé à l'écart du village. Le monument qui va nous intéresser aujourd'hui est bien plus ancien
puisqu'il remonte au Moyen-Âge. Situé dans le bourg, ce château est mal connu. Voici un bilan de nos connaissances actuelles.
La
Vieille-Lyre avait son abbaye ; la Neuve-Lyre avait son château. Si vous connaissez bien le village, vous êtes sûrement en train de parcourir les rues dans votre tête à la recherche de ce site.
Arrêtez-là car il ne subsiste rien de ce château. Il a totalement été arasé. Un plan de 1734 permet toutefois de deviner sa localisation : il s'étendait en partie à l'emplacement du cimetière
actuel. Disons-le tout de suite, ce n'était pas un grand château-fort. Rien à voir avec Harcourt ou Château-Gaillard. La Neuve-Lyre appartenait à la catégorie de ces châteaux de terre et
de bois qui pullulaient autrefois en Normandie. Les communes voisines de La Ferrière-sur-Risle, des Bottereaux, de Bois-Arnault et de la Barre-en-Ouche en présentent encore des vestiges.
Ces petits châteaux n'avaient pas de rempart de pierre, ni de donjons. Ils étaient défendus par de larges fossés, des enceintes de terre et des palissades de bois. Parfois, une butte, sur
laquelle on construisait une tour, dominait la fortification. D'où le nom de motte castrale ou féodale donné à ces châteaux.
Plan de la Neuve-Lyre en légère perspective. Le château se trouvait
dans le bourg entre la route de l'Aigle et la rue Derrière-le-Bourg.
Au XVIIIe siècle, les Lyrois pouvaient encore voir la butte. Il n'y avait plus de tour au sommet mais un calvaire.
Les moutons pâturaient dans les fossés devenus obsolètes. Cet aspect paisible contrastait avec la situation du château quelques siècles plus tôt. En l'an 1119, c'était la guerre.
Plusieurs barons s'étaient révoltés contre le duc de Normandie et roi d'Angleterre Henri Ier. Le seigneur de Breteuil Eustache faisait partie des rebelles. Pour résister aux forces ducales, il
mit en défense ses forteresses : Breteuil, Glos-la-Ferrière, Pacy-sur-Eure et ... la Neuve-Lyre. Un fidèle d'Eustache, Arnaud du Bois, fut chargé de garder le château lyrois. Mais quand l'armée
royale arriva dans le Pays d'Ouche, Arnaud préféra négocier puis livrer la forteresse au roi.
Le château de la Neuve-Lyre semble avoir joué un rôle militaire tout au long du XIIe siècle. Ensuite, il disparaît
des sources. Il n'est même pas mentionné pendant la Guerre de Cent Ans. Était-il déjà abandonné ? Au XVIIIe siècle, nous l'avons dit, il n'avait plus rien de redoutable. Un
cimetière, des jardins et des vergers s'étendaient à la place des bâtiments médiévaux. Un seul édifice subsistait : l'église. Non pas l'église saint-Gilles sur la place du bourg mais une
chapelle, la chapelle du château. Elle fut totalement détruite en 1749. Son souvenir se perpétue jusqu'à nos jours par le nom d'une impasse. La ruelle saint-Nicolas doit en effet
son nom au vocable de la deuxième église de la Neuve-Lyre.
Plus d'église, plus de château, le village a perdu deux importants témoins de son histoire.
Plan de la Neuve-Lyre en légère perspective. Le château se trouvaitdans le bourg entre la route de l'Aigle et la rue Derrière-le-Bourg.
par Laurent Ridel
publié dans :
Histoire de lieux
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