Trains en gare de Lyre

Publié le par Laurent Ridel

Nous avons vu qu'à partir de 1866 une ligne de chemin de fer reliait l'Aigle à Conches en desservant au passage les Deux-Lyre.  Pendant environ 120 ans, des trains empruntèrent cette itinéraire.  Une longévité assez honorable quand on sait que quelques dizaines d'années après son ouverture, l'exploitation de la ligne se révélait déficitaire.


Autour de 1900, la société exploitant la ligne, la Compagnie de l'Ouest, proposait aux voyageurs six allers-retours ; la gare de Lyre voyait donc passer le train douze fois dans la journée sans compter les convois de marchandises. La locomotive mettait entre 1h et 2h10 pour relier L'Aigle à Conches. Il fallait à l'engin près d'un quart d'heure pour se rendre de Lyre à Rugles. En somme, le voyage se déroulait au mieux à la vitesse de 45 km/h environ. Cela peut sembler lent pour nous mais pour une population habituée au rythme du cheval ce n'était pas négligeable. S'il fallait alimenter en eau la locomotive (n'oubliez pas qu'elle marche à la vapeur), l'arrêt en gare était prolongé. Pour cette raison, la gare de Lyre disposait à côté de la voie d'un réservoir alimenté via une pompe et une canalisation souterraine par l'eau de la Risle.

Locomotive en gare de Lyre


Une locomotive à vapeur en gare de Lyre au début du XXe siècle. A droite la halle à marchandises (coll. Joël Renou).

Très vite, la compagnie reconnut que le trafic de la ligne ne répondait pas à ses attentes. A Lyre, l'exportation des bois de la forêt de Conches et des produits en cuivre de l'usine de Chagny ne suffisaient pas à rentabiliser la ligne. Toutefois, en 1910, l'État qui avait racheté le réseau de l'ouest décida de doubler la ligne. Les travaux amenèrent une nouvelle fois des ouvriers étrangers à la région, comme au temps de la construction. Ces arrivées causèrent des difficultés de cohabitation avec les habitants. Les journaux relataient les incidents avec les ouvriers du chemin de fer, jugés menaçants, violents et voleurs. Chez l'hôtelier de la Neuve-Lyre, M. Baraduc, un terrassier cassa un carreau mais refusa de le rembourser. Suite à des vols, sept commerçants lyrois portèrent plainte contre des terrassiers du chantier. A Conches, un fonctionnaire fut frappé dans la nuit du 10 au 11 novembre. Bien que dépourvu de preuve, un journaliste accusa aussitôt les nouveaux arrivants : « Où l'audace de certains terrassiers s'arrêtera-t-elle ? [...] Nous pouvons dire qu'à Conches, en raison de la population étrangère qui s'y trouve, les forces de police sont insuffisantes ». Le calme revint une fois les travaux terminés.


Dès les années 1920, il n'y avait plus que trois allers-retours sur la ligne (et seulement deux l'hiver). Le chemin de fer qui avait ruiné les anciens relais de poste était en train d'être à son tour tué par l'autobus et la diffusion de la voiture. Des trains continuaient toutefois à circuler après guerre mais ils ne fonctionnaient plus à la vapeur. Jean-Louis Giron, auteur d'un livre de souvenirs sur les Baux-de-Breteuil, se rappelle de l'autorail jaune et rouge qui se rendait d'Evreux à Lyre dans les années 1950. La cabine du conducteur se trouvait sur le toit du wagon de tête et les voyageurs découvraient donc les rails devant eux.


Ce n'est qu'en 1970 que la SNCF se décida à fermer le trafic voyageurs. Pendant encore près de vingt ans, le trafic marchandises se maintint entre Lyre et l'Aigle. Les agriculteurs recevaient leur engrais par chemin  de fer tandis que le silo exportait son grain. L'entreprise Chrétien avait un dépôt de barres d'acier et de charbon à la gare. M. Planche de la Barre-en-Ouche importait ses tracteurs allemands Deutz par la voie ferrée. « En ce temps, la petite entreprise rurale participait à l'activité de la gare » se souvient avec nostalgie mon père Claude Ridel. Autour de l'an 2000, on enleva les rails. La voie n'est plus aujourd'hui qu'un chemin menacé par les broussailles.  Il y a cent ans, une locomotive bruyante et crachant la fumée parcourait ce sillon.  

(à suivre...)



Publié dans XXe siècle

Commenter cet article

Urgence plombier paris 18 30/01/2015 01:17

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

CHARLES / LEVILLAIN Nicole 21/11/2012 16:07


je viens de parcourir votre blog, BRAVO ..


je suis née à la Vieille-Lyre, mon père érait instituteur après la guerre,


ma question est simple: où peut-on trouver votre livre à ce jour nov 2012.


merci

Mr. BOUCHER Joêl 02/12/2009 19:59


Bonjours
Apparemment je ne peux pas vous joindre par internet, plusieurs messages n'éyant pas eu de réponses.
Je vous renouvelle donc toutes mes félicitations pour vos travaux et livres.
Juste une petite info. Je suis sur une piste d'un appareil allemand tombé sur  La Vieille-Lyre. Dés que j'en saurais plus , je vous tiendrais au courant.
Encore bravo


OLLAGNIER 02/06/2009 16:49

Ce que je voulais dire, c'est tout simplement que les rails avaient déjà été enlevés avant 2000

OLLAGNIER 02/06/2009 13:16

Bonjour,Je suis propriétaire de la maison de garde barrière (PN18) à côté de la gare, depuis mai 1994 et la voie était déjà desaffectée.

Laurent Ridel 02/06/2009 13:54


Bonjour M. Ollagnier,

En effet, la voie était désaffectée avant 1994 comme je l'explique dans l'article. Je dis que le trafic marchandises s'est arrêté près de vingt ans après la fin du trafic de voyageurs en 1970.
Autrefois dit, la voie est désaffectée depuis la fin des années 1980.

Cordialement

Laurent Ridel