La population de la Vieille-Lyre vers 1750

Publié le par Laurent Ridel

Grâce aux registres paroissiaux, nous pouvons connaître certaines caractéristiques de la population française au XVIIIe siècle. On y apprend entres autres que les habitants de la Vieille-Lyre sont principalement des journaliers et des travailleurs du fer, qu'on y meurt jeune et qu'on s'y marie à tout âge.


Les registres paroissiaux sont des livres dans lesquels les curés (plus exactement leurs subordonnées, les vicaires) recensaient les naissances, les mariages et les décès de la paroisse. Ces documents, antérieurs à la Révolution française, révèlent les noms de plusieurs milliers de Lyrois accompagnés de leur métier, de leur âge et de leur famille.


J'ai exclusivement porté mes recherches sur les années 1750-1751. Première constatation, les Lyrois ne vivent pas vieux. L'espérance de vie est très basse : entre 20 et 25 ans. Ce chiffre effrayant cache toutefois de grandes disparités. Les enfants meurent souvent en bas-âge. Près de la moitié des décès en 1750-1751 proviennent d'enfants qui n'ont pas atteint trois ans. C'est énorme. Alors que le baptême se déroule habituellement à l'église, certains parents demandent au prêtre de se déplacer jusqu'à leur maison car ils craignent que leur nouveau-né ne survive pas. Passé le cap très difficile des premières années, les individus vivent assez longtemps, en général jusqu'à cinquante ans. Le record de longévité appartient à Françoise Quesnel qui meurt à quatre-vingt huit ans.


En dépit des morts prématurés, la Vieille-Lyre affiche une bonne vitalité démographique puisque les naissances excèdent largement les décès : 36 contre 17 en 1750 puis 37 contre 17. Comme le souligne le registre paroissial, les enfants sont presque tous « légitime(s) », autrement dit issus de couples mariés. Sur les deux ans, je n'ai recensé qu'un enfant dit « naturel ». Alors que ces dernières années, les prénoms à la mode sont Camille, Emma, Mathis ou Lucas, en 1750-1751, les parents apprécient les prénoms classiques. Chez les filles, on compte de nombreuses Marie ainsi que ses dérivés (Marie-Madeleine, Marie-Catherine, Marie-Thérèse..) tandis que les garçons affichent une plus grande variété (Pierre, François, Jean...) mais rien d'original.


Les Lyrois se marient à tout âge. Les couples plus jeunes ont une petite vingtaine d'années ; les plus anciens dépassent cinquante ans. Dans ces derniers cas, il s'agit de veufs. En ces temps difficiles, il vaut mieux vivre à deux que seul. Contrairement à une idée reçue, les mariés ont souvent le même âge, à quelques années près.


L'analyse des métiers remet en cause une autre idée reçue : la Vieille-Lyre n'est pas un village dominé par les agriculteurs. Elle présente une grande diversité de catégories professionnelles. Les deux métiers les plus courants sont celui de journalier et de cloutier. Le premier est un ouvrier qui se loue à la journée dans les fermes, sur les chantiers ou dans les ateliers. Le second fabrique des clous. Nous avons déjà parlé de cette dernière activité dans un précédent article. Nombre de Lyrois produisait à domicile ces modestes objets. La forge de Trisay employait aussi  de nombreux travailleurs, du commis du fourneau à l'affineur. Au total, si l'on ajouté des métiers liés comme le maréchal-ferrant ou les serruriers, 35% des professions comptabilisées renvoient au travail du fer. Toutefois, ça ne veut pas dire que 35% des Lyrois travaille le fer à cette époque. D'une part, parce que les registres n'indiquent pas systématiquement le métier des adultes, d'autre part, parce qu'ils ne mettent la lumière que sur une partie de la population, essentiellement les nouveaux époux, les décédés et leurs proches.  Les registres paroissiaux n'ont malheureusement pas la précision des recensements de l'INSEE. Malgré cette imprécision, il est indéniable que les travailleurs du fer sont particulièrement nombreux à la Vieille-Lyre. Et que faisaient les autres habitants de la paroisse ? On repère une foule d'artisans-commerçants (des menuisiers, deux aubergistes, deux tailleurs en habit, deux boulangers, un cordonnier, un boucher...) et plusieurs marchands. Pour anecdote, la paroisse compte aussi un organiste (présence de l'abbaye oblige), un barbier et un galochier, autrement un artisan fabriquant des chaussures à semelle en bois. A noter que le clerc qui rédige les registres ne trouve pas nécessaire d'indiquer la profession de la plupart des femmes.


Tous ces résultats ne prendront toute leur valeur qu'après comparaison avec les villages voisins, au premier chef la Neuve-Lyre.


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