Présentation

Bienvenue à tous les Internautes, lyrois ou non. Vous connaissez la Vieille-Lyre et la Neuve-Lyre ? Ce sont deux villages du département de l'Eure, au coeur du Pays d'Ouche. Voici, sous la forme d'un blog, leur histoire. 

L'auteur

Mon nom : Laurent RIDEL

Mon âge : 27 ans

Diplômé en histoire (DEA), j'ai passé toute ma jeunesse à la Vieille-Lyre. Depuis trois ans, je rédige un livre sur l'histoire de cette commune et de sa voisine, La Neuve-Lyre. Ce blog vous donne un aperçu de mes recherches.

 

couverture du livre
(bientôt publié)

Dimanche 2 septembre 2007
point.gifIl est sept du soir, ce mardi 12 octobre de l'an 1740. Le boulanger de la Vieille-Lyre, Chénot, rentre chez lui. La nuit commence à tomber. L'homme espère trouver un peu de chaleur auprès de la cheminée mais quand il entre dans sa maison, il est surpris par la froideur qui y règne. Sa femme a-t-elle oublié de faire du feu ? Il s'approche du foyer dont les braises sont éteintes. Soudain, il ouvre la bouche de stupeur : au pied de la cheminée, le corps de sa femme est allongé dans une mare de sang. Un meurtre à la Vieille-Lyre !

point.gifLa nouvelle fait rapidement le tour du bourg. Dans la soirée, les habitants se succèdent dans la maison du boulanger pour voir le corps. Quelques-uns touchent les mains de la victime : elles sont froides. Le meurtre remonte peut-être à ce matin. Des témoins assurent avoir vu vers 8h30 la femme assister à la messe de la Neuve-Lyre. En rentrant chez elle, elle a dû surprendre un voleur. En effet, Chénot a remarqué que quelqu'un avait fouillé dans son coffre en bois et dérobé des louis d'or et des bagues. Riche de son butin, le voleur a tué la femme pour protéger sa fuite.
VLyre-Nuit.jpg
point.gifFrançois Philippe Morin, le lieutenant général au criminel du bailliage de Breteuil, est chargé de l'instruction. Il reçoit le rapport des chirurgiens (bien sûr, il n'y avait pas à cette époque de médecins-légistes). La victime, Marie Herquier, est morte de trois coups de couteau : un porté à la gorge et deux à l'abdomen. Mais ce sont les témoignages qui font rapidement avancer l'enquête. Plusieurs témoins mettent en avant l'attitude très étrange d'un certain Jacques Genty. Marchand mercier âgé de 45 ans, il est le voisin de Marie Herquier. Des femmes l'ont vu rôder autour de la maison du boulanger le jour du meurtre. Surtout, affirme Pierre Loiseau, un autre témoin, quand il est venu voir le corps le soir, Genty avait « le visage effacé, les yeux égarés et les dents lui claquant dans la bouche » (!). Il confesse à un Lyrois qu'il connaît le meurtrier mais qu'il ne peut pas le dire. Il raconte enfin à un autre habitant qu'un espion est venu le voir pour s'informer sur le meurtre. Confondu par ce comportement si particulier, Jacques Genty est arrêté le 15 octobre et jeté dans la prison de Breteuil.

point.gifInterrogé par le lieutenant général, l'accusé nie pourtant être le meurtrier. Pendant un an et demi, il est gardé prisonnier mais il ne change pas d'attitude.

point.gifLors du dernier interrogatoire, on lui apporte un siège en bois, une sellette, et on lui demande de s'asseoir dessus (l'expression « mettre quelqu'un sur la sellette » vient de cette pratique). L'interrogatoire est centré sur la seule pièce à conviction de l'enquête : une chemise retrouvée au domicile de l'accusé. Mais pas n'importe quelle chemise : on distingue dessus quelques tâches rouges. Du sang ! Genty répond que ce sont juste des tâches de cerise ou de mûre. Sa femme, arrêtée aussi, essaie de trouver une meilleure défense pour son mari : elle confirme que c'est bien du sang mais il provient d'une mauvaise saignée faite par le chirurgien de la Vieille-Lyre. Vous savez probablement qu'autrefois on ouvrait les veines d'un malade car on croyait ainsi évacuer de son corps le mauvais sang. Étrange pratique mais qui pouvait justifier les traces sur la chemise. Malheureusement, le chirurgien lyrois avoue n'avoir jamais fait de saignée à Jacques Genty.

point.gif Le 20 mars de l'an 1742, la sanction tombe : Jacques Genty est condamné à faire amende honorable de son crime devant l'église de Breteuil une torche à la main et la corde au cou. Il sera ensuite emmené sur la place publique où il sera pendu.

point.gif Jacques Genty était-il coupable ? Les témoignages sont sérieusement contre lui mais j'ai remarqué que les habitants ne le portaient pas dans leur coeur. Certains témoins n'étaient pas mécontents de l'enfoncer. On lui mit sur le dos une attaque à main armée dans la forêt de Conches alors qu'il n'y avait pas de preuves. Le seul témoin, la victime, avoua ne pas reconnaître son agresseur car celui-ci portait au moment de l'attaque un mouchoir qui lui cachait la moitié du visage.
par Laurent Ridel publié dans : De la fin du Moyen Age à la Révolution
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Samedi 3 février 2007
Jeudi 25 février 2007. Archives Nationales. Paris. Dans la salle de lecture vaste comme un hall de gare, j'épluche une liasse de lettres jaunies. Elles viennent de toute la France : Vaux, Versilly, Vervant, Vibrac... Puis mes doigts s'arrêtent sur le nom que j'attendais : la Vieille-Lyre. La lettre date de 1790. Nous sommes donc au début de la Révolution française. L'auteur est un certain DUVAL DU MESNIL, grand propriétaire de la commune mais surtout premier maire de la Vieille-Lyre. Il relate un fait divers dont la portée s'étend jusqu'à aujourd'hui.

Lundi 17 mai 1790, le soleil n'est pas encore levé quant le maire DUVAL
DU MESNIL est réveillé par un domestique venant de l'abbaye Notre-Dame de Lyre. Le sous-prieur (le religieux qui dirige l'abbaye en l'absence de l'abbé et du prieur) veut le voir sur le champ car il vient de constater que le trésor du monastère a été volé dans la nuit. Précisons que le trésor est une armoire dans laquelle sont conservés les objets les plus précieux du service religieux (voir photos ci-contre du trésor de la cathédrale d'Evreux). Le maire quitte sa demeure du Mesnil, arrive au bourg et pénètre dans l'église abbatiale. Le sous-prieur lui montre le Trésor à gauche du choeur. Les serrures de l'armoire sont brisées. Il reste à l'intérieur quelques menus objets qui semblent ne pas avoir suscité d'intérêt de la part des voleurs. Mais il manque l'essentiel, notamment le bâton de chantre (surnommé le soleil d'argent doré), plusieurs statues en argent massif, la croix processionnelle, des reliquaires...  Autant d'objets magnifiques qui étaient uniquement sortis et montrés au public lors des grandes fêtes religieuses. 

DUVAL DU MESNIL réagit promptement. Dans tout le bourg, dans les hameaux et même au marché de la Neuve-Lyre, il fait battre la caisse de la Garde Nationale (la Garde Nationale est une sorte de milice villageoise ) pour avertir les soldats de se rendre sur le champ à la Vieille-Lyre. Une fois les gardes nationaux attroupés, le maire procède tel un chef militaire en installant des sentinelles aux « portes du dehors de l'abbaye, à toutes les issues et communications de dedans ». Il est en effet convaincu que le trésor volé est encore dans les murs du monastère. Personne ne doit sortir. Surtout pas les religieux (il ne sont que 6 à cette date) et leurs domestiques bien qu'ils affirment ne rien connaître sur le vol. Commence alors une véritable chasse au trésor. Les gardes nationaux sont chargés de fouiller le monastère entier. Même les appartements des moines. Tout est effectivement inspecté : le bois à proximité, le pied du mur d'enceinte (long de 2,5km signalons-le), le dessous des couvertures des mêmes murs. On regarde jusque dans les arbres creux, les terriers de lapins et les pièces d'eau.

Un attroupement se forme près de la Porte Pilière, une des sorties de l'abbaye en direction de Trisay : des gardes nationaux viennent de découvrir une partie de l'argenterie sous une couverture de mur. Le maire s'approche pour voir les objets retrouvés. Il s'agit notamment d'une statue de l'Enfant Jésus en argent massif dont la tête porte une couronne dorée garnie de pierres grenats, vertes et blanches. Il y a aussi deux saintes et deux anges d'argent massif, une coupe pour la communion... La recherche commence à porter ses fruits d'autant que peu après, DUVAL DU MESNIL est appelé à un autre endroit du monastère. Des soldats viennent d'inspecter le grenier d'un « lieu d'aisance ». Eh là, surprise ! On retrouve un chandelier en argent massif, une vierge à l'Enfant également en argent massif mais dorée et même un vieux livre.

Reste un problème : qui sont les auteurs du vol ? Les moines font des coupables désignés puisque les objets ont été retrouvés dans l'enceinte de l'abbaye. C'est possible mais rappelons que c'est l'un des religieux, en l'occurrence le sous-prieur, qui a donné l'alerte. Et ce dès l'aurore. N'oublions pas non plus que des domestiques habitent aussi le monastère. Ils sont autant suspects. Dépourvu de preuves, le maire n'arrête personne. En tout cas, pour la population, il ne fait aucun doute que les religieux sont les auteurs du vol. Cette suspicion envenimera les relations entre moines et habitants de la Vieille-Lyre. A tel point que cette hostilité accélérera le départ des moines. En novembre 1791, ils ont tous quitté le monastère.

Dans les jours suivants le vol, on retrouvera d'autres éléments du trésor mais jamais la totalité. Aujourd'hui encore, plus de deux ans après l'événement, quelques Lyrois sont convaincus qu'un trésor caché par les moines subsiste sur la commune. On parle notamment d'une Vierge en or. A la Vieille-Lyre, un arbre déraciné, un souterrain oublié, une Risle asséchée pourraient bien dévoiler une jolie surprise.
par Laurent Ridel publié dans : De la fin du Moyen Age à la Révolution
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