Présentation

Bienvenue à tous les Internautes, lyrois ou non. Vous connaissez la Vieille-Lyre et la Neuve-Lyre ? Ce sont deux villages du département de l'Eure, au coeur du Pays d'Ouche. Voici, sous la forme d'un blog, leur histoire. 

L'auteur

Mon nom : Laurent RIDEL

Mon âge : 27 ans

Diplômé en histoire (DEA), j'ai passé toute ma jeunesse à la Vieille-Lyre. Depuis trois ans, je rédige un livre sur l'histoire de cette commune et de sa voisine, La Neuve-Lyre. Ce blog vous donne un aperçu de mes recherches.

 

couverture du livre
(bientôt publié)

Dimanche 4 mai 2008
C'est un monument phare de la commune. Elle se trouve en plein coeur du bourg, à proximité de l'église et de la place. Sa forme rappelle celle de Conches ou de Bernay. Une borne centrale, ornée de végétaux et d'enfants nus, supporte deux vasques superposées qui recueillent l'eau jaillissante du sommet du monument. L'ensemble paraît en fonte. Au sol, un bassin circulaire réceptionne le trop-plein d'eau. J'avoue que ma description contient une part d'imaginaire car cela fait plusieurs années, à ma connaissance, que la fontaine ne fonctionne plus. Le bassin et les vasques restent désespérément secs. Les restrictions d'eau et les coûts d'entretien des canalisations ont sûrement eu raison de ce spectacle aquatique qui ravissait autant les yeux que les oreilles. Fontaine, je ne boirai donc plus de ton eau.


Désormais, il n'y a plus aucun risque de vous faire mouiller lorsque vous vous approcherez de la fontaine. Vous pourrez donc à loisir observer la plaque posée à la base du monument sur laquelle est écrit : « offerte par Mr Émile Bourgeois à la commune de la Neuve-Lyre - 1902 ». La fontaine est donc une vieille dame de 106 ans. Son élévation coïncide avec l'un des plus grands événements de l'histoire lyroise : la création d'un réseau de distribution d'eau. À cette époque, dans les villages, on n'avait pas l'eau en tournant simplement un robinet ; il fallait aller la chercher. Les femmes et les enfants se ravitaillaient aux puits, recueillaient le contenu des citernes ou puisaient dans la Risle ou la mare. Mais la qualité du précieux liquide restait douteuse. Avec la création d'un réseau de distribution d'eau, les Lyrois purent s'approvisionner en eau potable à partir de différentes bornes fontaines disposées à travers le bourg. Les travaux d'installation transformèrent la Neuve-Lyre en chantier. D'abord, en 1900, on édifia un château d'eau, puis on installa des canalisations à travers le village pour amener l'eau jusqu'aux bornes-fontaines. D'une certaine manière, la Neuve-Lyre entrait dans la civilisation.


La création de ce réseau d'adduction d'eau était très coûteuse pour la commune. Pour aider à sa réalisation, un particulier nommé Emile Bourgeois proposa de financer les bornes-fontaines ainsi qu'une fontaine monumentale. La municipalité dirigée par Joseph Loiziel accepta ce don avec plaisir. Émile Bourgeois (dont le nom est rappelé aujourd'hui par une place) était un Lyrois de naissance qui avait réussi dans le commerce. Précisément, il tenait un magasin de faïence, porcelaine et cristallerie à Paris, rue Drouot. N'imaginez pas un simple boutiquier installé derrière un comptoir poussiéreux. Fréquenté par la haute société parisienne et étrangère, le magasin d'Émile possédait des pièces luxueuses, certaines décorées par des artistes de renom, d'autres importées d'Angleterre. Faites un tour sur le site web eBay : régulièrement, parmi les tasses, les assiettes, les plats et les vases proposés aux enchères, figurent des pièces tamponnées au nom du magasin de notre Lyrois !



Émile Bourgeois finança donc la fontaine de la Neuve-Lyre. La petite histoire raconte qu'elle aurait été placée dans l'axe de la rue de la gare (actuelle rue Pierre Le Boulch) de manière à ce que son donateur puisse l'apercevoir quand il arrivait de Paris par le chemin de fer. Si aujourd'hui la fontaine trône toujours à la même place, le chemin de fer, lui, a disparu.

 

par Laurent Ridel publié dans : Histoire de lieux
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Samedi 5 avril 2008
L'histoire d'une commune rurale ne se limite pas à celle de son centre. L'histoire de la Vieille-Lyre ne se limite pas au village massé autour de l'église saint-Pierre. Étendue sur environ 1600 ha, la commune compte une nébuleuse de hameaux ou de lieux-dits (Trisay, Le Mesnil, le Haut-Bréau, Chalet, la Seigleterie, la Brumanière, la Bourgeraie...) qu'il serait dommage de ne pas aborder. D'autant plus qu'ils forment aujourd'hui la majorité de la population communale.

Tenez, commençons par une question : quel est le hameau le plus ancien de la Vieille-Lyre ? Il n'est pas facile de répondre car si les documents existent, ils sont parfois illisibles et qui plus est, en latin. La palme de l'ancienneté semble revenir à Trisay. Un très vieux texte - il remonte aux années 630 après J.-C.  au temps du fameux roi Dagobert –  ce texte évoque un lieu nommé Tritiacum que des érudits ont traduit en Trisay. Cela reste une hypothèse que je ne saurais confirmer ou infirmer.

Environ quatre cents ans plus tard, autrement dit au moment de la fondation de l'abbaye de Lyre, un nouveau hameau est cité dans un texte : Calet. Ce nom s'est ensuite déformé en "Chalet" et aujourd'hui en "le Chalet". Évolution extravagante car nous ne sommes pas dans les Alpes et il n'y a aucun chalet dans le hameau. Plus sérieusement, je serais tenté de relier ce nom à une légende en rapport avec l'abbaye de Lyre. On raconte qu'un ermite nommé Robert s'était retiré dans les environs de la Vieille-Lyre. Alors qu'il marchait dans un bois, il entendit une voix qui lui commanda de fonder un monastère. Après hésitation, il se rendit à la cour du seigneur et convainquit ce dernier de fonder une abbaye à la Vieille-Lyre. Robert devint le premier abbé de Lyre. Or, lorsqu'on sait que Calet ressemble beaucoup au mot pré-latin cala (abri), il est tentant de proposer cette hypothèse : Calet tire son nom de l'abri où vivait modestement l'ermite Robert.

Au vu des sources historiques disponibles, Trisay et le Chalet seraient donc les plus anciens hameaux de la Vieille-Lyre mais l'incendie de l'abbaye en 1188 a sûrement détruit beaucoup d'archives qui nous auraient mieux renseignés. À partir du XIIIe siècle, les documents se font moins rares et les noms de nos hameaux ou lieux-dits apparaissent dans les parchemins. Nous retrouvons par exemple :
  • la Seigleterie dès 1235. À l'origine, elle s'appelait la Secreterie ou Segreterie mais au XIXe siècle, le nom s'est déformé en Seigleterie, sûrement par rapprochement avec la céréale cultivée dans le secteur, le seigle.
  • La Mare Plate en 1257
  • La Brumanière dès 1280 dont l'origine étymologique est claire puisqu'un texte rapporte qu'une famille Bruman y habitait.
  • Le Val Drouard en 1292
  • Melbuc en 1298, dont la signification est certainement « bois du Merle ».
  • Le Tertre dès 1316...

Cet inventaire n'est pas exhaustif, ni définitif. Il évoluera au fil de mes recherches car des liasses de parchemins m'attendent encore aux Archives départementales de l'Eure.
par Laurent Ridel publié dans : Histoire de lieux
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Samedi 2 février 2008
Je ne vais pas parler du beau château de la Chapelle, installé à l'écart du village. Le monument qui va nous intéresser aujourd'hui est bien plus ancien puisqu'il remonte au Moyen-Âge. Situé dans le bourg, ce château est mal connu. Voici un bilan de nos connaissances actuelles.

undefinedLa Vieille-Lyre avait son abbaye ; la Neuve-Lyre avait son château. Si vous connaissez bien le village, vous êtes sûrement en train de parcourir les rues dans votre tête à la recherche de ce site. Arrêtez-là car il ne subsiste rien de ce château. Il a totalement été arasé. Un plan de 1734 permet toutefois de deviner sa localisation : il s'étendait en partie à l'emplacement du cimetière actuel. Disons-le tout de suite, ce n'était pas un grand château-fort. Rien à voir avec Harcourt ou Château-Gaillard. La Neuve-Lyre appartenait à la catégorie de ces châteaux de terre et de bois qui pullulaient autrefois en Normandie. Les communes voisines de La Ferrière-sur-Risle, des Bottereaux, de Bois-Arnault et de la Barre-en-Ouche en présentent encore des vestiges. Ces petits châteaux n'avaient pas de rempart de pierre, ni de donjons. Ils étaient défendus par de larges fossés, des enceintes de terre et des palissades de bois. Parfois, une butte, sur laquelle on construisait une tour, dominait la fortification. D'où le nom de motte castrale ou féodale donné à ces châteaux.

undefinedPlan de la Neuve-Lyre en légère perspective. Le château se trouvait
dans le bourg entre la route de l'Aigle et la rue Derrière-le-Bourg.

undefinedAu XVIIIe siècle, les Lyrois pouvaient encore voir la butte. Il n'y avait plus de tour au sommet mais un calvaire. Les moutons pâturaient dans les fossés devenus obsolètes. Cet aspect paisible contrastait avec la situation du château quelques siècles plus tôt. En l'an 1119, c'était la guerre. Plusieurs barons s'étaient révoltés contre le duc de Normandie et roi d'Angleterre Henri Ier. Le seigneur de Breteuil Eustache faisait partie des rebelles. Pour résister aux forces ducales, il mit en défense ses forteresses : Breteuil, Glos-la-Ferrière, Pacy-sur-Eure et ... la Neuve-Lyre. Un fidèle d'Eustache, Arnaud du Bois, fut chargé de garder le château lyrois. Mais quand l'armée royale arriva dans le Pays d'Ouche, Arnaud préféra négocier puis livrer la forteresse au roi.

undefinedLe château de la Neuve-Lyre semble avoir joué un rôle militaire tout au long du XIIe siècle. Ensuite, il disparaît des sources. Il n'est même pas mentionné pendant la Guerre de Cent Ans. Était-il déjà abandonné ? Au XVIIIe siècle, nous l'avons dit, il n'avait plus rien de redoutable. Un cimetière, des jardins et des vergers s'étendaient à la place des bâtiments médiévaux. Un seul édifice subsistait : l'église. Non pas l'église saint-Gilles sur la place du bourg mais une chapelle, la chapelle du château. Elle fut totalement détruite en 1749. Son souvenir se perpétue jusqu'à nos jours par le nom d'une impasse. La ruelle saint-Nicolas doit en effet son nom au vocable de la deuxième église de la Neuve-Lyre.

undefinedPlus d'église, plus de château, le village a perdu deux importants témoins de son histoire.
par Laurent Ridel publié dans : Histoire de lieux
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Mercredi 8 août 2007
point.gifIl y a bien sûr la Risle mais qui sont les deux autres. Il est vrai qu'on ne voit pas où pourrait bienPetiteRivi--re.jpg couler une rivière sur le petit territoire de la Neuve-Lyre en dehors de la Risle. Pourtant, les textes anciens évoquent deux petits cours d'eau. L'un s'appelle la Juigne et l'autre la Petite Rivière.

point.gif La Juigne ? J'avoue que celle-ci n'est remplie qu'en période de fortes précipitations. Pourtant, un texte de 1234 parle du « ruisseau de Juignes » et la carte IGN locale montre un mince filet bleu qui rejoint la Risle à la Neuve-Lyre. Il prend sa source aux environs de Saint-Antonin-de-Sommaire, à moins d'un kilomètres du point culminant du département de l'Eure. Situé à 248 mètres d'altitude, ce n'est pas le Mont-Blanc. La Juigne traverse ensuite la commune de Juignettes qui lui doit son nom, coupe les territoires des Botteraux puis de Bois-Normand. Le chemin de Grande Randonnée (GR 224) longe alors la vallée. Nous entrons ensuite sur la commune de la Neuve-Lyre. Le ruisseau contourne le château de la Chapelle et se jette (du moins quand il y a de l'eau) dans la Risle, à hauteur de Chagny. Au total, nous avons parcouru une petite dizaine de km.

point.gif L'autre cours d'eau est bien plus court mais au moins, je ne l'ai jamais vu à sec. Il s'appelle abusivement la Petite Rivière. Car en réalité, il s'agit d'un bras de la Risle. Il diverge de la rivière principale au niveau du camping (mais je pense qu'à l'origine cette séparation se situait à Chagny), traverse le Bas de Lyre puis retrouve sa « mère nourricière » à proximité de la nouvelle station d'épuration. Lorsque vous suivez la rue Loiziel (route de Bois-Normand), un petit pont enjambe la Petite Rivière, qui à cet endroit ressemble à un étroit canal (voir photo). On peut se demander si ce cours d'eau est naturel et n'a pas plutôt été creusé par les Lyrois autrefois.

point.gif Car les Lyrois trouvaient grand intérêt à avoir un filet d'eau qui traverse leur bourg. En 1773, alors que le canal menace d'être supprimé, les riverains protestent : la Petite Rivière leur est indispensable pour leur quotidien. Ils y amènent leur bêtes s'abreuver ; l'eau leur sert également pour les besoins usuels et occasionnellement contre les incendies. La protestation vient aussi de cette population artisanale jadis très importante à la Neuve-Lyre : les forgerons et les cloutiers (fabriquants de clous). Ils ont besoin d'eau pour refroidir leurs outils ou les objets rougeoyants qu'ils fabriquent. La Petite Rivière assurait donc une certaine activité dans le bas de Lyre. Activité augmentée par l'établissement de plusieurs moulins sur son cours. Ce canal, aujourd'hui si étroit, si paisible, alimentait en eau au Moyen Âge un moulin de blanchœuvrier (un blanchœuvrier était un fabriquant et marchand de gros outils tranchants, blanchis à la meule) puis au XVIe siècle des moulins à tan (le tan est de l'écorce de chêne broyé nécessaire au tannage des peaux) et au XIXe siècle un moulin à blé.

point.gif Autant d'établissements qui ont actuellement disparu. Subsiste tout de même le beau bâtiment du moulin à blé et un nom de rue bien évocateur : la rue aux Tanneurs.
par Laurent Ridel publié dans : Histoire de lieux
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Vendredi 8 septembre 2006

     Le 16 septembre 2006, aura lieu l'inauguration du gîte de groupe au coeur du bourg de la Vieille-Lyre. Les habitants se souviennent de cet ancien bâtiment qui était autrefois l'auberge du Trou Normand. Un nom donné en 1952 après le tournage d'un film sur les lieux. Le film "Le Trou Normand", avouons-le, n'a pas marqué l'histoire du cinéma français. Toutefois, la distribution mérite qu'on s'y attarde. En tête d'affiche : Bourvil. Autour de lui, on reconnait Roger Pierre, Jacques Deray et surtout Brigitte Bardot.

     Il aurait été amusant d'avoir BB  pour l'inauguration du gîte rural mais sa venue aurait été un vrai miracle. Car elle garde du film un mauvais souvenir. Elle confessa à Michel Drucker lors de l'émission Vivement Dimanche que le tournage du "Trou Normand" faillit lui faire renoncer au métier d'actrice. Elle fut mise à l'écart par l'équipe du film. De plus, son rôle ne correspondait pas à ses rêves de jeune actrice : elle jouait selon ses propres mots une "paysanne" (en fait elle jouait la fille de la charcutière) et partageait l'affiche avec un acteur (Bourvil) peu conforme à son image du prince charmant. Brigitte Bardot avait déjà de l'ambition à 18 ans !

     Ce film, outre la présence de Brigitte Bardot, est intéressant car on y voit la Neuve-Lyre et la Vieille-Lyre Les deux villages ont en effet servi de décor.  Par la même occasion, on arrive à deviner sur certaines scènes quelques figurants. S'agit-il de Lyrois et de Lyroises ? Laissez un commentaire si vous reconnaissez quelqu'un ou si vous savez que certaines personnes ont participé à ce film.

Derrière les acteurs Jane Marken et Pierre Larquey, une foule de figurants et quelques commerces de la rue d'Alençon.

Trois jeunes femmes sortent de l'église de la Vieille-Lyre. Etaient-elles du village ?

par Laurent Ridel publié dans : Histoire de lieux
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